Transhumance politique, indiscipline, ce phénomène qu’on pourrait qualifier de chronique est devenu récurrent à tel enseigne qu’il ne se passe pas de mois sans que la presse ne fasse cas soit du ralliement d’élus, d’acteurs politiques ou de militants vers la majorité au pouvoir ou pour un autre parti politique. Pour corroborer nos écrits, et dans la rédaction de l’article, nous apprenions que le maire élu sous l’étiquette du PPA-CI à M’Batto en septembre 2023 était sur le point de rejoindre le parti au pouvoir. Le PDCI en est une grosse victime. Un scénario devenu courant sous nos tropiques. Ce nomadisme vide le débat d’idées. Le vote du citoyen est détourné : on vote pour un programme mais l’élu finit par servir la vision adverse.
Les raisons de la transhumance politique
Les changements de partis politique ou nomadisme politique fragilisent les partis d’opposition. Plusieurs raisons pourraient expliquer la politique de survie ou d’opportunisme. Entre autres, la recherche du bien-être, des intérêts personnels, des privilèges ou pour échapper à des poursuites judiciaires. Loin de l’idéologie politique. Comme dirait l’autre, il faut sécher son habit où le soleil brille. Cette pratique banalise la versatilité politique et affaiblit l’opposition.
Autres raisons…
Le nombre de candidats indépendants aux élections législatives, municipales, régionales connait au fil des scrutins, une croissance. De 762 candidats indépendants aux législatives en 2021, ce sont plus de 800 candidats enregistrés au dernier scrutin législatif. Au terme du scrutin, les indépendants ont raflé 23 sièges au parlement. Ce qui n’est pas rien. Pourquoi cette montée en puissance des candidats indépendants ? Les raisons sont multiples. La frustration subie par certains militants dans la désignation des candidats au sein de leur parti, les intérêts personnels. On se rappelle qu’à l’approche du choix des candidats au sein des partis politiques, une presse avait fait échos des mécontentements de certains militants à la candidature. Estimant avoir été injustement écarté au profit d’un autre, certains militants n’hésitent pas à aller en indépendants. Ce fut le cas pour l’ex-ministre du Tourisme, cadre du RHDP, Sidiki Konaté, candidat indépendant dans la circonscription de Man. Là où le parti avait déjà choisi quelqu’un d’autre.
Ces « faux » indépendants, une fois élus n’hésitent pas à rejoindre sans état d’âme, ni consulter le peuple qui les a portés au parlement, leur parti d’origine. N’est-ce pas une escroquerie morale ? Pis, leur action fragilise leur parti d’origine. La preuve, le parti au pouvoir a essuyé une douche froide dans certaines circonscriptions électorales comme Divo, Gbon, Tengrela au profit d’indépendants.
Les partis politiques prennent le devant
Dans sa publication du mardi 31 mars 2026, un quotidien proche du pouvoir barrait à sa UNE, annonce de sanction contre les militants indisciplinés : des cadres donnent de la voix. Un autre journal, toujours proche du pouvoir, a titré à sa Une, parlant du maire d’Anyama, Amidou Sylla interpelle le directoire du Rhdp. Allusion aux indisciplinés. On parle de centaines de militants que des élus indépendants auraient entrainé et dont le parti s’apprête à sanctionner durement pour indiscipline. Aux dernières nouvelles, plusieurs cadres du parti au pouvoir auraient été lourdement sanctionné pour indiscipline. Les sanctions ne sont pas que du RHDP. Le PPA CI a très tôt mis à l’écart certains de ces militants qui ont accompagné le candidat Don Mello, cadre du parti, à l’élection présidentielle. Des militants PPA CI, candidats aux élections législatives de décembre 2025 font depuis lors l’objet de sanction voire de radiation prochaine. Si les partis politiques ont décidé de mener la guerre contre ceux qu’ils qualifient d’indisciplinés en leur sein, pourquoi ne pas engager le débat au niveau du parlement pour ce qui est des candidats indépendants ?
De l’interdiction à l’encadrement des candidats indépendants
La démocratie recommande la liberté. Cependant cette liberté a besoin d’être encadrée. D’où la nécessité de prendre des lois pour empêcher que des candidats, une fois élus en indépendants ou sous l’étiquette d’un parti politique par le peuple ne changent sans en informer au préalable le peuple qui les a installés. Au Sénégal, des dispositions de la loi électorale impose à tout candidat indépendant à l’élection législative de démissionner de son parti un an avant. L’article 60 de la constitution Sénégalaise alinéa 4, interdit la rupture avec le parti politique d’origine pour les parlementaires. Tout député qui démissionne volontairement de son parti durant la législature est réputé renoncer à son mandat parlementaire. Au Bénin, le député qui démissionne de son parti politique d’origine risque de perdre son siège. Cette mesure radicale devrait être inscrite dans la Constitution ou le Code électoral. Indiquant qu’un élu (député, maire, conseiller) qui quitte le parti sous l’étiquette duquel il a été élu perd automatiquement son siège.
Nos parlementaires doivent se pencher sur le cas des « faux » candidats indépendants qui trompent le peuple et voter des lois pour encadrer cela. Le faisant, ce n’est pas limiter leur liberté de conscience ou faire d’eux de simples exécutants. Il faut trouver l’équilibre entre la discipline de parti et le droit constitutionnel de tout citoyen à se présenter aux suffrages.
In Le Franc-Tireur