Vous avez choisi d’exercer le métier de photographe et pas autre chose. Le métier de photographe nourrit-il son homme ?
Je vous répondrai que le métier nourrit son homme même si par moment c’est compliqué, difficile. On s’accroche. Par moment ça marche.
Vous êtes photojournaliste ou simple photographe ?
Je me catégorise dans le reportage d’images. J’effectue des voyages. Je travaille avec des structures, des entrepreneurs qui m’envoient en mission pour faire des photos. En outre, je fais des documentaires photos, du photographe nature.
Pourquoi avoir choisi le métier de photographe ?
C’est la passion qui m’a conduit dans la photographie. Au fur et à mesure j’ai découvert ce qu’est la photographie, les avantages, par moment les inconvénients. J’essaye de m’adapter. Je fais énormément d’erreurs. Néanmoins, à travers ces erreurs, j’essaye de me professionnaliser et de faire ma part dans ce métier si passionnant.
Parlant d’inconvénients, y’a-t-il quelque chose d’aussi difficile qui a failli vous faire abandonner ?
Cela m’est arrivé. J’ai eu un marché au Togo. Vu que j’étais novice, il y a certaines erreurs que j’ai eu à faire que j’ai énormément regretté. J’en ai parlé à certains professionnels du métier qui ont rétorqué que j’aurais pu éviter cela. Pour moi, j’étais prête. Je me suis engagé sur un terrain inconnu et là, j’ai payé cash. Ces erreurs portaient sur un évènement. Je n’ai pas signé de contrat, ni vérifié mon appareil. Il m’a lâché en plein travail. J’ai demandé à quelqu’un de me prêter main forte. Malheureusement, il a fait un mauvais travail. C’est retombé sur moi. Pour ça, je n’ai pas eu le reste de mon argent. Ce qui m’a amené à prendre du recul sur la photographie événementielle pour la photographie de nature (Documentaires, photos, …)
Vous avez évoqué un triste souvenir. Y’a-t-il un souvenir heureux ?
Effectivement ! A côté de la triste réalité, figurent de bons souvenirs. Le fait d’être sélectionnée aux oscars de la photographie au Togo et au Village des Amazones Photographe d’Afrique. Cela dénote que le travail que j’abats n’est pas vain ; que j’ai du talent. Être nominée parmi plusieurs photographes africains, ce n’est pas donné à n’importe qui. J’ai exposé mes photos à Parakou (Bénin), lors du concours. J’ai parlé de mon travail. Ce qui m’a amené à faire ce type de photos, il s’agissait d’une femme qui vend de la nourriture. Cela se passe au Togo. J’ai aimé sa ténacité dans le travail malgré qu’elle utilise encore des ustensiles non modernes. Elle parvient tout de même à s’en sortir. J’ai apprécié sa résilience et j’ai voulu faire un reportage sur l’activité de la dame. Une façon pour moi de faire la promotion de la femme. Vu que je parviens à exposer le résultat de mon travail, d’en parler, cela me motive davantage à continuer d’exercer le métier de photographe. Ce, malgré les difficultés, les erreurs que je commets par moment. J’y prends du plaisir.
Y’a-t-il une association de femmes photographes au Togo ? Vous en faites partie ?
Effectivement, il existe un collectif de femmes photographes au Togo. Mon mentor, N’Guessan Ketelepi, m’a inscrit dans le WhatsApp du collectif. Il organise des activités sauf que je n’y ai encore pas pris part.
Le Village des Amazones Photographes d’Afrique (VAP’ART) organise depuis bientôt trois ans, un concours. De quoi s’agit-il ?
Un concours pour valoriser la créativité de la femme photographe. La photographie féminine n’est pas assez mise en avant. Certes, des efforts sont faits mais il y a encore une certaine timidité au niveau des femmes photographes. La femme photographe n’arrive pas encore à vendre comme il se doit ses services, à sortir de sa zone de confort, à prendre des risques contrairement à la gent masculine qui le fait très bien. Ce genre d’événement sert à aider la femme à pouvoir vivre de son travail, la photographie, de pouvoir s’imposer. Il y’a des femmes de la sous-région dont de la Côte d’Ivoire qui ont réussi à s’imposer au niveau de la photographie. La femme photographe, on la retrouve plus dans la presse, des agences et pourtant, on est photographe, on peut travailler pour nous même. La photographie nourrit son homme. Il importe de démystifier la timidité. La femme a le droit de se proclamer photographe. Il ne faudrait pas qu’elle soit en retrait. Les femmes ont du talent mais elles n’arrivent pas à vivre de ça. Ce genre d’évènements permettent aux femmes d’avoir confiance en elles.
Vous parlez du concours VAP-ART, qui en est l’organisateur ?
Le promoteur se nomme Ayodé Adamassou. Il est photographe, réalisateur, de nationalité Béninoise. Le concours a lieu chaque année à Parakou au Bénin. En novembre prochain ce sera la 3ème édition.
La deuxième édition, en 2025, a réuni des photographes venus de quels pays ?
Nous avons enregistré des femmes photographes venues de plusieurs pays d’Afrique dont le pays d’accueil le Bénin, le Togo, le Mali, le Burkina Faso, Haïti, Niger, Congo Brazzaville, Cameroun…
Un appel à toutes les femmes photographes du continent, aux autorités des pays d’Afrique…
J’encourage les femmes photographe d’Afrique à s’inscrire afin de prendre part au VAP’ART 2026. Ce sera très enrichissant. Chaque édition rime avec de nouvelles thématiques. Cette 3ème édition va donner l’occasion aux participantes de bénéficier de formation, d’expositions photos. Ce rendez-vous est celui du donner et du recevoir pour les femmes, du partage d’expérience (…). C’est l’occasion de partager nos difficultés en tant que femmes. Au nombre des difficultés, le fait d’être une femme, certaines personnes vous minimisent, ne vous prennent pas au sérieux. On voit la femme photographe comme une proie facile. Nous faisons face à des propositions indécentes. Ce rendez-vous nous offre l’opportunité d’en parler, comment éviter ses pièges. J’en appelle aux autorités, d’aider les femmes photographes des différents pays à y prendre part. Des femmes photographes veulent bien prendre part même quand elles sont retenues mais, elles sont parfois contrariées par le manque d’espèces sonnantes et trébuchantes. Lors de la 2è édition, les photographes femmes de Côte d’Ivoire étaient absentes. Je les encourage à s’inscrire.
De façon pratique, qu’est-ce qui est retenu pour mettre en concurrence les différentes candidates ?
Lorsque vous postulez, on vous donne le terme. C’est en fonction du terme choisi que le postulant fait ses images. Après quoi, le travail sera jugé par des professionnels de la photo. En ce qui me concerne, je n’ai pas gagné de prix mais en confiance. Les enseignements que j’ai reçus pendant les master classe m’ont permis de mettre certains projets en place. Je fais des documentaires. Nous avons échangé des contacts, enrichi mon carnet d’adresse. Je discute avec des personnes photographes qui sont en Haïti, Bénin, Guinée.
Avec l’avènement du téléphone portable, tout le monde croit être photographe. N’avez-vous pas peur de voir ce métier disparaître comme tant d’autres ?
Je pense que le métier de photographe n’est pas menacé. Il y a certaines choses que l’intelligence artificielle (AI) ne peut pas faire. Pendant les événements de mariage, de baptême, de catastrophe, on a besoin d’un photographe et non de l’IA.
Dans de nombreuses rédactions en Côte d’Ivoire, on tend à exclure le recrutement de photographe professionnel. Qu’en pensez-vous ?
Le photojournaliste et le journaliste vont de pair. Vouloir supprimer ce métier dans les agences de presse, les rédactions, n’est pas bien. On entend dire que les rédactions connaissent des difficultés financières. Je répondrai qu’utiliser la même photo prise sur internet par plusieurs journaux n’impacte pas le lecteur contrairement à une image prise lors des faits et dont le journal a l’exclusivité. Les photos prises à partir de son téléphone portable n’est pas professionnel.
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