Malgré le prix record de cacao-Les planteurs croupissent dans la misère
Trois mois après la fixation du prix bord-champ du cacao aux producteurs, soit 2800 F/kg, pour la campagne 2025-2026, les paysans ne sont pas au bout de leur peine. Les paysans et leurs familles continuent de broyer du noir. Alors que nous indiquions dans le numéro 92 de votre hebdomadaire, près d’un mois après la rentrée scolaire, les difficultés des paysans pour scolariser les enfants, une autre situation tout aussi similaire, met les paysans et leur famille dans de situation complexe en cette fin d’année 2025.
Des reçus à la place des espèces sonnantes et trébuchantes
« J’ai livré 192 kilogrammes de cacao à un pisteur à Hermankono (Ogoudou, département de Divo, région du Loh-Djiboua), le 07 octobre 2025. Je n’ai toujours pas perçu mon argent », se désole un planteur. Comme lui, ils sont nombreux les planteurs du département de Divo qui, après la vente de leur cacao reçoivent à la place des espèces sonnantes et trébuchantes des reçus. « Ceux des pisteurs qui paient le cacao nous rétorquent qu’il n’y a pas de liquidité. Si vous désirez percevoir l’argent, l’acheteur prélève 2 à 3 kilogrammes sur le poids d’un sac de cacao. Ce qui amène à constater 2500F/kg. Pisteurs, coopérative, tous sont impliqués. Cet échange se fait de manière volontaire », témoigne un planteur. « Pour ceux qui refusent ce deal et préfèrent vendre leur cacao au prix fixé par le gouvernement, ils attendre parfois un voire deux mois avant de recevoir l’argent de leur cacao », affirme K.J, planteur. Il soutient que des personnes, parce qu’en possession de espèces sonnantes et trébuchantes, sillonnent les campements pour proposer ce deal aux paysans qui sont dans un besoin pressant.
L’achat du cacao frais acheté aux paysans
La loi ivoirienne souligne qu’il faut être agréé pour acheter du cacao. Ladite loi précise du cacao « bien fermenté, bien séché et bien trié ». Cette loi ne prend pas en compte l’achat du cacao frais. Or, certaines sociétés, dans le département de Divo, certainement un peu partout en Côte d’Ivoire, se livre à l’achat du cacao frais. « Ceux qui veulent avoir l’argent dans l’immédiat, à la place des reçus délivrés, vendent leur cacao frais à une entreprise située dans la zone, dans le campement de N’zi-N’drikro, non loin de Kouamékro (axe Tiassalé-Divo). C’est une coopérative qui travaille avec une structure denommée ZAMACOM. Cette structure qui paie le cacao frais à 2950 F/kg, évite aux paysans le séchage, la fermentation du cacao. Elle paie le tiers du poids du cacao que le producteur lui vend, le reste des 2/3 lui reviennent. Si vous avez 100 kilogrammes de cacao frais, débarrassé des fèves noires et des déchets, les cabosses de cacao cassées le même jour, ZAMACOM vous paie 30 % du poids à 2950 F/kg. Le reste des 70% de cacao frais correspondant environ 70 kg revient à ZAMACOM. C’est un accord volontaire entre le paysan et la coopérative COPAGED qui travaille pour l’usine ZAMACOM.
Le Conseil café-cacao accusé
Le phénomène des pisteurs prend de l’ampleur dans les zones de production de cacao. Une situation qui n’arrange pas toujours les paysans. Le manque de liquidité pour l’achat de cacao, le silence des responsables du conseil café-cacao sur l’absence de financement dans la filière, favorise des pratiques qui sont en violation avec la loi voire des pratiques désavantageuses pour le planteur Ivoirien. « Dans les coopératives, il faut faire un dépôt vente, c’est-à-dire rassembler un certain tonnage de cacao. C’est après quoi que le cacao est livré au port. Nous ne comprenons pas cette méthode. Le conseil café-cacao reste muet. Il est incapable de nous expliquer cette situation. La hausse du prix du kilogramme de cacao à 2800 F/kg a été certes accueillie avec joie par les paysans que nous sommes mais nous disons que si nous ne recevons pas à temps l’argent de l’achat de notre production comme c’est le cas présentement, cela maintient le paysan dans la misère. Le manque d’argent fait que nous n’allons certainement pas fêter le nouvel an comme nous en avons l’habitude dans les campagnes après douze mois de dur labeur. Le conseil de régulation devrait pouvoir dire aux planteurs pourquoi faire dépôt vente ? Pourquoi ça met du temps pour avoir l’avoir. Les chèques délivrés aux coopératives à la suite de la livraison du cacao dans les usines ne sont pas toujours payés à temps », s’insurge K.J. Il s’inquiète de l’avenir de leurs enfants à scolariser, notamment ceux qui sont dans les établissements privés. Ce, si rien n’est fait pour permettre aux paysans d’acquérir de l’argent le plus tôt possible.
Larba Sékou
In Le Franc-Tireur


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