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Bouaké (Côte d’Ivoire)-lepays225.net-Jeudi 10 sept. 2026-Port du casque obligatoire/La fermeté du maire de Bouaké, Amadou Koné, a raison des motocyclistes réfractaires

Du Commerce à Air France, en passant par Belleville, Sokoura, Koko et Dares-Salam, le constat est le même : les motos circulent casques vissés sur la tête. Une image inédite depuis longtemps dans la capitale du Gbêkê, et le fruit direct de l’ultimatum lancé par le maire Amadou Koné lors de la 3ᵉ session du Conseil municipal, le 29 août dernier.
Face aux élus, le premier magistrat de la commune avait dressé un bilan glaçant : du 1er janvier au 19 août 2026, Bouaké a enregistré 675 accidents de la route, impliquant 293 motos et 46 tricycles, pour 63 morts. « Des enfants qui, volontairement, se portent candidats au suicide avec des rodéos. C’est dommage ! C’est inacceptable », avait martelé Amadou Koné, pour qui le concept « Bouaké Nouveau » une ville propre et attractive pour les investisseurs ne peut cohabiter avec le désordre et l’insécurité routière.

Sensibilisation et répression, en tandem

C’est cette logique qui a présidé au dispositif déployé dès l’aube ce lundi : des barrages filtrants tenus par la police municipale, appuyée par la police nationale, installés aux carrefours stratégiques de la ville. Tout conducteur circulant sans casque est systématiquement interpellé, sa moto immobilisée, et une amende forfaitaire lui est appliquée.
Au carrefour de la Cathédrale, l’adhésion est déjà perceptible. Koffi Serge, conducteur de moto-taxi, résume l’état d’esprit ambiant : « Avant on disait que le casque chauffe. Mais quand le maire a dit 63 morts, ça fait réfléchir. J’ai acheté mon casque hier à 7 000 F à la mairie. Aujourd’hui, la police ne m’a pas arrêté. » Même soulagement chez Awa Traoré, vendeuse au Grand Marché : « Maintenant, je peux monter sur une moto sans avoir peur. Avant, je refusais. Si c’est comme ça, Bouaké va vraiment changer. »
À la mairie, on insiste sur l’esprit de l’opération : « Il ne s’agit pas de persécuter nos jeunes frères qui gagnent leur pain avec la moto. Il s’agit de sauver des vies. Le maire Amadou Koné a été ferme parce que la vie de chaque jeune de Bouaké compte », confie un collaborateur du premier magistrat.

Un bilan chiffré dès la mi-journée

Le point de presse de 16 heures, animé par le service de communication de la mairie, a réuni le 7ᵉ adjoint au maire Melombé Fofana, le commissaire divisionnaire Mobio Maxime, préfet de police de Bouaké, ainsi que l’inspecteur général de police Dosso Siaka, directeur général adjoint de la police nationale chargé de la sécurité publique.
Melombé Fofana a d’abord rappelé la genèse de l’opération et le poids du bilan humain , des victimes très majoritairement jeunes , avant de saluer un premier succès : « Dès ce matin, nous constatons que le message est passé très largement. » Il a précisé que le dispositif repose sur des cellules mixtes associant police municipale, police nationale et gendarmerie, et que les engins des récidivistes sont saisis et confisqués définitivement.
L’élu a également annoncé la suite du plan d’action : une vaste opération de lutte contre la drogue et les stupéfiants sera lancée dès samedi 12 septembre 2026, en collaboration avec la gendarmerie nationale et les services du ministère des Transports. Des mesures de restriction de circulation sont par ailleurs à venir : les deux et trois-roues seront interdits sur certains tronçons de l’A3 et sur le boulevard du Carnaval, les usagers étant invités à emprunter les voies de quartier pour rejoindre leur destination.
Place ensuite aux chiffres, présentés par le commissaire divisionnaire Mobio Maxime au nom de l’opération conjointe police-gendarmerie menée depuis le matin : 150 motos contrôlées, plusieurs d’entre elles mises en fourrière, et 462 contraventions dressées au total au titre de la lutte contre l’incivisme routier. Côté lutte antidrogue, 22 fumoirs ont été visités et détruits, pour 14 individus interpellés. Les forces de l’ordre ont par ailleurs saisi près de deux tonnes de comprimés répartis en sept sacs de médicaments de qualité inférieure et falsifiés, ainsi que 530 comprimés d’un autre produit pharmaceutique contrefait.
Dernier à intervenir, le général Dosso Siaka a situé l’opération dans le cadre des instructions données par le ministre de la Défense et le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, qui ont chargé les forces de l’ordre de mobiliser leurs effectifs contre l’incivisme routier et la prolifération des fumoirs. Selon lui, le taux de respect du port du casque avoisine déjà 80 % sur le terrain. Il a prévenu que l’opération n’est pas un « coup de paille » de deux ou trois jours, mais une action appelée à durer, avec un bilan dressé toutes les deux semaines à Bouaké. Les motos des contrevenants sont confisquées, tout comme les produits illicites saisis, voués à l’incinération ; les individus interpellés seront quant à eux déférés au parquet.

Téléphone au volant et respect des droits humains, autres points de vigilance

Interrogé sur l’usage du téléphone au guidon et la consommation de cigarette par les passagers de moto, le général Dosso Siaka a assuré que toute pratique mettant en danger la vie des usagers de la route serait combattue au même titre, invitant la population à la patience. Interpellé sur la coordination entre mairie et forces de l’ordre, il a insisté sur l’unité de commandement entre la police municipale, la police nationale et la gendarmerie, rappelant que les instructions données aux troupes engagées imposent le strict respect de la loi et des droits humains.
L’opération, censée s’étendre sur au moins trois mois, s’accompagnera donc d’un volet anti-drogue renforcé et du démantèlement des fumoirs dans les quartiers. Avec cette action coup de poing, Bouaké envoie un signal clair : le développement de la ville passe aussi, et d’abord, par la discipline.

Sercom Amadou Koné

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